Chère MC,
D’abord vous souhaiter une bonne et flamboyante année 2012 et profiter de la circonstance pour échanger quelques propos sur ce « Chemin » qui continue à nous coller aux semelles chacun sans doute à sa manière.
J’avais promis à tous mes amis de mon petit monde jacquaire quelques impression sur mon dernier périple qui m’a emmené, cette année, pour la septième fois à Compostelle et qui m’a laissé un goût de plus en plus amer, au point d’hésiter à étaler toutes ces petites misères …
Cependant à écouter bon nombre de Pèlerins et d’Hospitaliers plus ou moins indignés par certaines dérives qui étaient à mon avis inévitables et qui à haute dose deviennent parfois insupportables, je me suis laissé allé à un coup de gueule que François Lepère m’a proposé d’éditer dans son Bulletin Camino mais qui a le mérite d’être un lieu d’expression des multiples concepts de l’aventure jacquaire.
Cela nous a valu, à lui et moi, un gros paquet de réactions en tous genres (c’était un peu le but du jeu) qui donne un aperçu de la multitude d’interprétation que peut avoir le label « Chemin de Compostelle » auprès de ceux qui y mettent les pieds — et même de la part de ceux qui n’y mettent que le bout du pied et qui sont peut-être parmi les plus arrogants ! Mais le contraire aurait été étonnant !
De toute évidence il se dégage qu’il y a sur les chemins des vrais et des faux pèlerins ! Et que pour pas mal de monde cette qualification du genre, n’est plus blasphématoire.
De ces nombreux échanges il ressort aussi que les indignés sont nettement plus nombreux que tous ceux qui s’accommodent de ce fourre-tout touristique à bon marché qui les arrange. Mais au train où vont les choses la tendance pourrait bien s’inverser ?
Surfant périodiquement sur le site des pèlerins et amis de la Voie de Vézelay et sur celui que vous avez ouvert pour votre guide, qui reste croyez-moi une référence jusqu’aux fonds de la Castille et de la Navarre, j’ai constaté que l’équipe du célèbre Miam Miam Dodo éprouve aussi le besoin de tirer la sonnette d’alarme. Et vous avez bien fait de diffuser leur message.
Au delà de ce qui n’est pour certains que de vaines polémiques, il reste peut-être à tenter des choses concrètes. Comme je l’ai suggéré au niveau des guides il serait souhaitable pour commencer que les pèlerins sachent où ils mettent les pieds en frappant à la porte d’un hébergement, en indiquant par un sigle ce qui est vraiment Jacquaire, bénévole, associatif, sans but lucratif, comme le sont par exemple les refuges gérés par les assos du Limousin Périgord que j’ai eu l’honneur et le plaisir de gérer.
D’autres accueils privés sont aussi assimilables mais pas tous, vous le savez, et le chemin, sa philosophie, sa légendaire image ne peuvent passer que par cette forme d’hébergement pour rester crédible… sans eux on tombe dans le classique chemin de rando touristique à but lucratif, nécessaire il est vrai à l’économie de certaines régions et qui ont des guides bien à eux, alignés dans les offices de tourisme.
Reste bien sûr à déterminer qui pourrait attribuer ce label de référence ?
Je pense que les éditeurs de guides sont capables de déterminer les critères d’attribution, les associations aussi ! Au niveau du guide Chassain je pense que ces choses sont claires. Et les « vrais » pèlerins au long cours sont aussi juge en la matière.
Reste aussi, mais là, la tâche est rude et compliquée, à trouver des moyens, une méthode pour écarter tout ce qui n’est pas dans la démarche d’un « pèlerinage » cultuel, culturel, spirituel, ou même sportif, qu’importe … mais qui soit une vraie démarche de vivre autre chose, autrement, avec d’autres, ailleurs, dans un esprit de rencontres avec soi-même et avec les autres venus des quatre coins du monde… marcher… rien que marcher …. ensemble et au long cours autant que possible.
Voilà, mon sentiment présent ! Vous voyez la flamme n’est pas morte.Compostelle c’est un peu comme un livre qu’on a ouvert, dont on a parcouru quelques chapitres, lu et relu des pages … et que l’on arrive plus jamais à refermer …
Comment partir de chez soi, prendre des vacances, des loisirs, comme tout le monde, sortis d’un catalogue papier glacé, BCBG, après avoir soulevé la poussière de ces chemins, ses petitesses et ses grandeurs ? Cela m’est devenu impossible ! Il me manquerait quelque chose ….
Je reste donc sur le chemin, avec mes illusions et mes désillusions ! Des joies et des peines - recueillies ça et là - comme d’apprendre qu’AG s’en est allée… emmenant sans doute avec elle un peu de chemin…
Forêt-Vieille ! Il y a des lieux comme ça, d’apparence ordinaire, où l’on s’arrête qu’une fois dans la vie et qui reste on ne sait pourquoi gravé dans le disque dur de notre mémoire …
Des endroits où l’on s’est senti bien … Peut-être aussi parce que quand on se met à jouer l’Hospitalier — qu’on essaie de reproduire toutes les leçons reçues en chemin …. et les Gr. là dessus était un exemple — des pédagogues sans le savoir ….
Comme eux j’ai essayé de prendre un temps pour parler à « mes » pèlerins d’un soir, sans les importuner, mais la plupart on tant besoin de parler à un inconnu à qui on peut dire sans doute des choses qu’on ne dirait pas ailleurs !!! et comme eux, par mimétisme j’ai pris tous mes pèlerins en photo ! Leurs album est une vraie mine d’or…
Je vous laisse sur ce bon souvenir ….. Sil vous arrive de les rencontrer, transmettez à Monsieur PG et à son fils F, le bon souvenir et la sympathie d’un pèlerin parmi tant d’autres qui ont frappé à leur porte…
Je vous laisse à la lecture de mes quelques élucubrations d’un invétéré marcheur du Camino … où le hasard a toujours fait que je croise en chemin d’autres fous de marche de mon espèce qui me font oublier tout le reste ! Le médiocre et le ridicule … l’ordinaire quoi !
Je vais continuer de persuader les nombreux candidats au pèlerinage que l’on m’envoie pour s’informer, d’éviter l’autoroute de la Voie du Puy !
Mais déjà faire admettre à la plupart des prétendants qu’ils doivent enlever de leur tête la notion de réservation, de table servie à l’heure qu’il souhaite avec menu au choix et qu’ils devront supporter, accepter, des compagnons et des compagnes indésirés de toutes origines sociales et des inévitables ronfleurs !
C’est déjà effrayer pas mal de monde … voire de paraître comme quelqu’un de pas très « normal »
Tout évolue — c’est normal — cela nous laisse un peu de nostalgie …..
Tout évolue — mais tout n’est pas perdu — depuis un millénaire ces chemins en ont vue d’autres. Je vais certainement pas pouvoir échapper à l’appel du chemin encore cette année ! Où, quand ? Comment ? Je ne sais ….. et c’est d’ailleurs ce qu’il y a de formidable et d’unique dans cette affaire …
Encore tous mes vœux et au plaisir d’avoir de vos nouvelles
J.H. (GR59)