Recevez d’abord nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année au service des futurs marcheurs vers Saint Jacques.
Nous sommes incités à vous écrire ce courriel après la mise à jour du miam-miam-dodo 2011, qui nécessite comme vous le savez le contact téléphonique avec la totalité des hébergeants du GR65. Ce temps d’échange est très productif, car il nous permet de percevoir l’évolution du Chemin à travers le témoignage de ceux qui accueillent les pèlerins chaque jour pendant toute la saison.
Nous recevons d’autre part aux éditions du Vieux Crayon, la structure que nous avons créée pour éditer le miam-miam-dodo, des courriers et courriels en grand nombre provenant de pèlerins après leur retour.
Or cette évolution, au vu de ces courriers et aux dires des hébergeants est parfois surprenante pour ceux qui ont fait le Chemin voici une vingtaine, voire une dizaine d’années.
Certes la majorité des pèlerins revient du Voyage avec la tête dans les étoiles et du rêve à partager, ce qui nous encourage à continuer. Mais une minorité hélas grossissante vient mêler son flot grincheux au bonheur des autres.
D’abord un phénomène prend de l’ampleur : c’est celui de pratiquer de petites sections du Chemin chaque année. On se fait une semaine de Compostelle entre les sports d’hiver et les vacances à l’île de Ré… Avec souvent le même budget que si on marchait un mois, d’où des exigences de confort qui sont déplacées sur un tel itinéraire.
Ces pèlerins au petit cours ignorent la plupart du temps tout de l’infrastructure du Chemin, ils n’ont jamais randonné auparavant et n’ont jamais entendu parler d’un gîte d’étape. Compostelle n’est pour certains qu’une façon originale de passer des vacances. La confrontation avec la réalité du Chemin et les autres pèlerins est parfois violente et génère des incompréhensions ou des agressions qui mettent tout le monde mal à l’aise. L’exemple le plus frappant est cette dame voyageant avec deux amies qui « réservait » chaque soir une « chambre à trois » dans les gîtes d’étape, et qui n’a pas compris le soir où il a fallu loger un pèlerin dans le quatrième lit de sa chambrée. Insultes, menaces, plaintes, etc… Et surtout la certitude absolue d’avoir des « droits » et d’avoir raison…
Puis une autre tendance de plus en plus lourde : les bagages transportés d’un hébergement à l’autre. Hors de cas médicaux avérés, cette façon de faire le chemin génère une mauvaise ambiance le soir entre les personnes portant leur sac et les autres. Et les transporteurs de bagages, dont la plupart sont des gens sérieux, nous font part de leur malaise quand leurs chauffeurs se font agresser par des gens qui « attendent leur bagage depuis une demi-heure »… Il existe aujourd’hui d’autres méthodes que le portage en voiture, comme l’achat ou la location d’un Carrix ou d’un Trollix (voir le site www.chemindecompostelle.com).
Et puis scandale récurrent, qu’il convient de dénoncer encore et encore : certains marcheurs, qui n’ont de pèlerins que l’apparence, se permettent de téléphoner le matin à deux ou trois hébergements, et s’arrêtent le soir dans celui qui correspond le mieux à leur fatigue, oubliant bien entendu de prévenir les autres, qui ont bloqué des lits et préparé les repas. On a le cas de groupes entiers qui ont pratiqué ainsi. Que dire devant de tels agissements sur notre chemin de Saint Jacques ? impolitesse, escroquerie, malhonnêteté, manque absolu de savoir-vivre…
Enfin dernier point à évoquer : les punaises de lit. Ce phénomène est mondial, et ne concerne pas seulement le chemin de Compostelle. Mais la multiplication des gîtes sur ce chemin en fait une caisse de résonance. Or certains hébergeants ont mis aujourd’hui au point des procédures (non-toxiques) pour contenir les bestioles hors des gîtes, à défaut de les éliminer. Mais chaque pèlerin doit aussi devenir acteur de cette lutte, en traitant son bagage d’une façon responsable dès son départ et tout le long de sa route.
Pour conclure, il faut sans doute redire et répéter qu’un pèlerin a avant tout des devoirs, et qu’il doit laisser ses « droits » à la maison. Le pire qui pourrait arriver au chemin est que nous baissions tous les bras devant les abus qui en salissent l’image. Le rôle des associations jacquaires est primordial dans ce travail de prévention. Peut-être est-il bon aujourd’hui d’insister plus lourdement, auprès des personnes qui viennent préparer leur chemin, sur le caractère unique du Chemin de Saint Jacques, et sur la manière d’en préserver la magie. Et expliquer aux amateurs de clubs de vacances que leur place est ailleurs.
Amitiés & bon chemin !
L’équipe du miam-miam-dodo